Une benne impitoyable, comme le système marocain

Le Monde, 04 noviembre 2016

Le peuple révolté par la mort du poissonnier Mouhcine Fikri ne se laissera pas amadouer par des mesures de circonstance, estime l’écrivain marocain Abdellah Taïa. Seul le dialogue permettra de l’apaiser.

Par Abdellah Taïa, écrivain marocain

Le 28 octobre, au nord du Maroc, dans la ville d’Al-Hoceima, il s’est passé quelque chose de terrible, d’atroce. Un homme, Mouhcine Fikri, qui vendait des poissons sur un marché public, s’est précipité dans la benne d’un camion-poubelle pour récupérer sa marchandise.

La police, qui voulait l’empêcher de faire ce travail « illégal », venait d’y jeter tout l’espadon qu’il avait l’intention de vendre pour vivre, survivre. Dans un acte de désespoir et de résistance, l’homme croit qu’il pourra sauver son poisson, sauver sa journée, gagner un peu d’argent. Il n’a pas peur de la police qui lui dit et lui redit que c’est interdit de vendre de l’espadon en cette saison. Il pense sans doute que cette police est là plus pour entraver les pauvres citoyens comme lui que pour les aider dans leur lutte quotidienne.

Non, il n’a vraiment pas peur. Il ne peut pas se permettre de gâcher toute une journée de travail. Il saute dans la benne. Autour de lui, il y a beaucoup d’hommes, beaucoup de témoins. Ils assistent à la tragédie. Une vraie tragédie marocaine. Ils essaieront de le sauver en criant fort, très fort. Mais cela ne sera pas suffisant. Trop tard. Tout s’est passé extrêmement vite.

La benne du camion-poubelle est en marche. Impitoyable comme le système, elle ne laisse aucune chance à Mouhcine Fikri. Elle le tue. Elle le démembre. Elle le broie. Au sens propre : elle le broie sous le regard horrifié des autres vendeurs et celui des caméras des téléphones portables qui filment la scène.

Grâce à Internet, cette scène a fait le tour du Maroc en un clin d’œil. Le nom de Mouhcine Fikri est devenu en quelques heures seulement un symbole. Beaucoup de Marocains ont été émus, certains ont pleuré. La plupart ont vite fait le lien entre le vendeur de poisson et eux-mêmes. Sa tragédie est la leur. C’est évident. Leur solidarité doit alors s’exprimer. Il faut la manifester. La crier même dans les rues. Se réveiller. Réclamer la justice. La dignité. Le changement social, enfin. Désigner du doigt le système coupable qui cette fois-ci est allé jusqu’au bout de sa logique.

Le peuple fait peur au pouvoir

On entend très souvent au Maroc ces deux expressions pour dire l’impuissance, le ras-le-bol, la colère : « Ana mathoun » (« Je suis broyé »), « Tahnouni » (« Ils m’ont broyé »). Avec la tragédie de Mouhcine Fikri, on est passé d’une image, d’une métaphore, à sa réalisation. D’une horreur à une autre. De la résignation à l’indignation. C’est ce lien et ce mot (tahn : broyer) qui expliquent, entre autres, l’immense émotion qui traverse tout le Maroc en ce moment. La colère, légitime, est plus grande qu’avant.

Depuis samedi, dans plusieurs villes, une partie du peuple a manifesté presque chaque jour dans les rues. Les slogans, qu’on entendait durant le « printemps arabe », sont de retour. Les courageux activistes du Mouvement du 20 février [vague de contestation apparue au Maroc le 20 février 2011 à la suite des « printemps arabes » du Maghreb et du Moyen-Orient] sont également de retour. Et, à travers le nom de Mouhcine Fikri, on a l’impression d’assister à un procès. Qu’est-ce que le pouvoir marocain a fait pour ses citoyens les plus démunis depuis 2011 ? Et où sont parties les promesses de changement social ?

Au Maroc, le peuple fait peur au pouvoir. Et on fait tout pour étouffer sa colère quand elle ose s’exprimer. On maquille la réalité. On détourne l’attention. On donne dans les gestes symboliques trop faciles et qui ne résolvent rien. On rappelle à ce peuple un passé historique glorieux. Ou alors on l’accuse de vouloir abattre la monarchie marocaine alors qu’il ne demande que la justice, la dignité et une amélioration réelle de son niveau de vie.

On continue de penser que ce peuple est vraiment dangereux, incapable de bien penser. Il faut donc juste lui balancer quelques mots vides de sens et jouer un moment avec lui, histoire de calmer les tensions et de vite, vite, tourner la page. Oublier vite, vite, ce nom, ce slogan explosif, Mouhcine Fikri, qui rappelle bien évidement celui de Mohamed Bouazizi, le vendeur de légumes tunisien qui s’est immolé par le feu fin 2010 et qui a été à l’origine du « printemps arabe ».

L’arrogance des classes supérieures

Les choses ont bien sûr bougé au Maroc ces dernières années. Soyons objectifs : il faut le reconnaître. On a construit des routes, des ports, le produit intérieur brut (PIB) n’a cessé un temps d’augmenter et on a même vu par moments la presse s’exprimer librement.

Mais, au fil des années, c’est aussi un système des affaires, du business, qui s’est installé, qui s’est imposé. Il a profité à certains. A quelques-uns seulement. La vie est devenue de plus en plus chère. Dure. L’école nationale a fait faillite. Les riches sont devenus encore plus riches.

Le peuple, les petites gens, eux, on les a mis de côté, on les a oubliés, ignorés. On ne les voit plus. De toute façon, ils ne vont pas aux malls qu’on construit un peu partout. Ils n’existent pas. Que vont-ils devenir alors ? Et où survivent-ils ? A côté des camions-poubelles sans doute.

Le mot hogra ne cesse de revenir sur toutes les lèvres depuis la mort de Mouhcine Fikri. Il signifie : le mépris des élites pour le peuple qui survit, l’aveuglement des autorités, l’arrogance des classes supérieures et leur déconnexion par rapport à la réalité quotidienne des autres Marocains.

Quelque chose ne va pas bien au Maroc. Et il est inutile de faire peur de nouveau aux Marocains en brandissant les exemples de la Syrie et de la Libye. Oui, il est possible d’écouter ce peuple, d’améliorer son sort sans faire basculer le pays dans la guerre. Ce n’est pas le chaos que le peuple désire. C’est d’une oreille attentive dont il a besoin, d’un regard qui le considère, d’un changement pour de vrai et, enfin, d’un réel partage des richesses.

On a tort de se méfier du peuple. On a mille fois tort de continuer à l’infantiliser. Le « printemps arabe » l’a de toute façon réveillé et plus que réveillé. Au lieu de lui tourner encore une fois le dos, au lieu de continuer d’ignorer le travail formidable de la société civile pour changer les mentalités et les lois, il vaut mieux, avant qu’il ne soit trop tard, initier un vrai dialogue, un vrai changement. Donner au peuple marocain ce qu’il mérite. C’est aussi simple que cela. Le Maroc appartient à tous les Marocains. Tendre salam à l’âme de Mouhcine Fikri.

Abdellah Taïa est l’auteur de « Le Jour du roi », Seuil, 2010, prix de Flore 2010

 

 

Europa: reforma o divorcio

El País 28 ago. 2016

Por JOSEPH E. STIGLITZ

Decir que la eurozona no ha tenido una buena actuación desde la crisis del año 2008 es una expresión eufemística que se queda corta. Los países miembros de la eurozona han tenido una mala actuación en comparación con los que, dentro de la Unión, no han adoptado la moneda única, y aún peor que la de EE UU, el epicentro de la crisis.
Los países de la eurozona que peor lo han hecho se encuentran sumidos en una depresión o en una recesión profunda. En muchos sentidos, la economía en dichos países —piensen, por ejemplo, en lo que ocurre en Grecia— se encuentra en peor situación que tras la Gran Depresión de la década de 1930. Mientras, los miembros de la eurozona con los mejores resultados —como, por ejemplo, Alemania— parecen estar en una buena situación, pero sólo cuando se los compara con los demás. Por si fuera poco, el modelo de crecimiento de estos países se fundamenta parcialmente en políticas que empobrecen al vecino, mediante las cuales el éxito llega a expensas de los países que otrora se consideraron como “socios”.
Se han propuesto cuatro tipos de explicaciones para comprender este estado de las cosas. A Alemania le gusta culpar a la víctima, y apunta con el dedo al despilfarro de Grecia, así como hacia la deuda y los déficits del resto de los países. Sin embargo, estas acusaciones ponen el carro delante de los bueyes: España e Irlanda tenían superávit y bajos ratios de deuda sobre PIB antes de la crisis del euro. Por lo tanto, fue la crisis la que causó los déficits y las deudas, y no al revés.
El fetichismo relativo a los déficits es, sin lugar a dudas, causante de parte de los problemas que enfrenta Europa. También Finlandia, una de las más estrictas guardianas del Pacto de Estabilidad, ha tenido problemas para adaptarse a múltiples shocks. Su PIB en 2015 fue un 5,5% menor que su máximo en 2008.
Otros críticos pertenecientes al grupo de los que “culpabilizan a la víctima” citan al Estado de bienestar y a la excesiva protección del mercado laboral como causas del malestar de la eurozona. Sin embargo, algunos de los países con mejores resultados de Europa, como son Suecia y Noruega, tienen robustos sistemas públicos y cuentan con fuertes medidas de protección de sus mercados de trabajo.
A muchos de los países que ahora tienen economías debilitadas les iba muy bien antes de la introducción del euro; iban creciendo por encima de la media europea. Su descenso no se produjo a consecuencia de un cambio repentino en sus leyes laborales, o debido a que les sobrevino una epidemia de pereza. Lo que sí cambió fue la moneda.
El segundo tipo de explicación se resume en el deseo de que Europa tenga mejores líderes: hombres y mujeres que comprendan mejor la economía y con capacidad para implementar mejores políticas. Sin lugar a dudas, las políticas erróneas han empeorado las cosas, sin embargo, no sólo se debe echar la culpa a las políticas de austeridad, sino también a las denominadas reformas estructurales que ensancharon la desigualdad y, por lo tanto, debilitaron aún más la demanda total y el crecimiento potencial.
No obstante, la eurozona se constituyó por un acuerdo político, y era inevitable que la voz de Alemania resonase con mayor fuerza. Cualquier persona que hubiese negociado con los que decidieron las políticas alemanas los 30 años anteriores a la adopción del euro deberían haber sabido de antemano el resultado. Lo más importante que se debe puntualizar es que, dadas las herramientas disponibles hoy en día, ni el más brillante zar de la economía podría haber logrado que la eurozona prosperase.
El tercer conjunto de razones causantes de los malos resultados de la eurozona lleva a una crítica más amplia procedente de la derecha, que se centra en reprochar la propensión que tienen los eurócratas por favorecer normativas que inhiben la innovación. Esta crítica tampoco da en el blanco. Los eurócratas, de la misma forma que las leyes laborales o el Estado de bienestar, no cambiaron repentinamente en 1999, año en el que se creó el sistema de tipos de cambio fijos, o en 2008, el año en el que se inició la crisis. En un plano más fundamental, hay que considerar los niveles de calidad de vida. Cualquiera que niegue cuán mejor estamos todos en Occidente con nuestro aire y nuestra agua (que son sofocantemente limpios) debería visitar Pekín.
Esto nos lleva a considerar la cuarta explicación: el euro tiene un mayor nivel de culpabilidad del que se puede atribuir a las políticas y a las estructuras de cada país de manera individual. El euro venía viciado de errores desde su génesis. Ni siquiera los mejores políticos podrían haber logrado que el euro funcionase. La estructura de la eurozona impuso la clase de rigidez que se asocia con el patrón oro. La moneda única despojó a los miembros de la eurozona del más importante mecanismo de ajuste —el tipo de cambio— y fue la eurozona la que circunscribió la política monetaria y la política fiscal.
En respuesta a los shocks asimétricos y a las divergencias en la productividad, tendrían que haberse constituido ajustes en el tipo de cambio real (ajustado por la inflación), lo que significa que los precios en la periferia de la eurozona tendrían que haber caído con relación a los de Alemania y del norte de Europa. Pero, ya que Alemania tiene una posición inflexible con relación a la inflación —y sus precios se han estancado— el ajuste sólo podía lograrse a través de una desgarradora deflación en otros lugares. Típicamente, esto se traduce en un nivel doloroso de desempleo y en el debilitamiento de los sindicatos; los países más pobres de la eurozona, y especialmente los trabajadores dentro de ellos, se llevaron la peor parte de la carga del ajuste. Por lo tanto, esta fue la razón por la que el plan para estimular la convergencia entre los países de la eurozona fracasó rotundamente, haciendo que crezcan las disparidades entre y dentro de los Estados.
Este sistema no puede y no va a funcionar a largo plazo: las políticas democráticas garantizan su fracaso. El euro sólo puede funcionar si se cambian las reglas e instituciones de la eurozona. Esto requerirá siete modificaciones:

  • Abandonar los criterios de convergencia, que exigen que los déficits sean inferiores al 3% del PIB
  • Sustituir la austeridad por una estrategia de crecimiento que deberá estar apoyada por un fondo de solidaridad para la estabilización.
  • Desmantelar un sistema propenso a atravesar crisis mediante el cual los países se ven obligados a tomar préstamos en una moneda que no está bajo su control, y fundamentarse, en cambio, en los eurobonos o en algún otro mecanismo similar.
  • Compartir de mejor manera la carga durante el ajuste, haciendo que los países que en la actualidad tienen excedentes por cuenta corriente se comprometan a elevar los salarios y aumentar el gasto fiscal, garantizando de dicha manera que sus precios aumenten más rápido que los precios en los países con déficit por cuenta corriente.
  • Cambiar el mandato del Banco Central Europeo, que en la actualidad se centra sólo en la inflación, a diferencia del mandato que tiene la Reserva Federal estadounidense, entidad que tiene también en cuenta el empleo, el crecimiento y la estabilidad.
  • Establecer un seguro de depósitos común que evitaría la fuga de dinero desde los países que tienen resultados deficientes, así como otros elementos constituyentes de una “unión bancaria”.
  • Alentar, en lugar de prohibir, las políticas industriales diseñadas para garantizar que los países rezagados de la eurozona puedan ponerse al día y alcanzar a los países líderes de dicha zona.

Desde una perspectiva económica, estos cambios son pequeños; sin embargo, los actuales líderes de la eurozona puede que carezcan de la voluntad política necesaria para llevarlos a cabo. Eso no cambia el hecho fundamental de que la actual situación de medias tintas sea insostenible. Un sistema destinado a promover la prosperidad y el progreso de la integración ha tenido el efecto contrario. Un divorcio amistoso sería una mejor solución que el actual estancamiento.
Por supuesto, todo divorcio es costoso; pero enmarañarse más sería aún más caro. Como ya hemos visto este verano en Reino Unido, si los líderes europeos no pueden o no toman las decisiones difíciles, los votantes europeos serán quienes las tomen en su lugar, y puede que no les satisfaga el resultado.

Todos somos austro-húngaros

EL PAIS, 3 de julio de 2016

Sergio del Molino

Quizá dentro de 30 o 40 años, cuando esta Unión Europea sea una cita en los libros de historia del bachillerato o nostalgia de viejos que cuentan sus años de Erasmus como quien se acuerda de la mili en Sidi Ifni, un Berlanga del futuro bromee sobre la UE en sus películas o lo que quiera que se haga entonces. Un personaje dirá: “Disculpe, joven, pero en la Unión Europea…”. Del mismo modo en que José Sazatornil o Pepe Isbert se acordaban del Imperio Austrohúngaro en La escopeta nacional o Bienvenido, Mr. Marshall. Porque la UE sonará entonces tan carpetovetónica e inverosímil como nos parece hoy la corte de los Habsburgo.

Compleja, babélica, burocrática, inoperativa, incapaz de despertar ningún fervor patriótico, pusilánime, socialdemócrata, tibia, hipócrita. El Brexit quizá suena como el primer sello que se rompe, el estruendo bíblico que los enemigos de la UE estaban esperando, pero no es, ni mucho menos, la única amenaza. Muchas izquierdas combaten una estructura que consideran tiránica y servil con los intereses financieros más turbios. Muchas derechas religiosas, especialmente en el este, quieren ver caer ese monstruo laico y liberal que protege a los homosexuales y a todos los que ellos ven como desviados. En medio, un enredo de grupos e intereses que quizá no trabajen en la demolición y ni tan siquiera la aplaudan, pero tampoco la llorarán. Como sucedió en los escombros de 1919 en lo que hoy llamamos Centroeuropa y entonces era Austria-Hungría.

Durante décadas nos enseñaron que aquel Imperio Austrohúngaro era algo ridículo de reyes emplumados, un anacronismo medieval en la Europa del proletariado y de las naciones. A su primo islámico, el Imperio Otomano, le sucedía lo mismo, y le llamaban el enfermo de Europa. Estructuras obsoletas cuyo derrumbe era natural y necesario. Sin embargo, algunos historiadores llevan tiempo matizando esto. Aseguran, por ejemplo, que los rituales monárquicos de los Habsburgo no eran menos modernos o más ridículos que los británicos o los alemanes de su tiempo. Insisten también en que las instituciones y la economía del imperio se estaban modernizando mucho, alcanzando poco a poco los estándares políticos y sociales de la Europa de su tiempo.

La democracia parlamentaria de Austria-Hungría no era menos representativa o plural que la española, y sus focos de industrialización en Bohemia empezaban a generar ingresos fiscales para un Estado que, aunque débil, podía construir escuelas y carreteras en todas partes. En realidad, el Imperio Austrohúngaro estaba más cerca de reformarse y convertirse en un Estado moderno y democrático que de colapsarse a lo supernova. Su principal problema era conceptual: a nadie le gustaba el imperio. Solo unos pocos locos, como el escritor Joseph Roth, presumían de habsburguismo. Nadie celebraba la pluralidad de un territorio que englobaba a decenas de naciones. Cuando el último emperador abandonó Austria en un tren en 1919, solo Stefan Zweig lloró, como contó muchos años después en El mundo de ayer.

La corte era la capital de la cultura europea. Son innumerables los músicos, escritores, filósofos y artistas que convivían en ella. Algunas de las corrientes intelectuales más influyentes de la contemporaneidad nacieron en cuatro cafés de Viena, del psicoanálisis al sionismo, pasando por la música atonal, la arquitectura funcional o la novela moderna. Varios iconos del siglo XX fueron austrohúngaros, desde Billy Wilder a Franz Kafka o Elias Canetti, sin olvidar a Sigmund Freud. Muchos se han preguntado cómo podía ser decadente un imperio capaz de alumbrar una cultura tan poderosa, hasta el punto de que hoy podemos decir, sin exagerar demasiado, que todos somos un poco austrohúngaros, pues hemos sido educados en los referentes culturales de aquel Estado que tanto se ridiculizó después.

Algunos escritores se pasaron media vida añorando un mundo que no supieron apreciar cuando existía. No se trata del delirio sentimental de un Joseph Roth alcoholizado en París ni de la nostalgia cívica de un optimista derrotado como Zweig, sino de algo más cercano al desconcierto del apátrida de Robert Musil, una forma de abrir la boca y llevarse las manos a la cabeza que persiste en los grandes escritores austriacos contemporáneos, desde Thomas Bernhard a Elfriede Jelinek, que es la misma inquietud de la que están hechas las películas de Michael Haneke. Los intelectuales de la Mitteleuropa de Claudio Magris se parecen al protagonista de El tercer hombre, perdidos entre los cascotes de una Viena destruida, paralizados ante las ruinas de la que fue su cultura, sin atreverse a echarla de menos, pero sin encajar tampoco en su reconstrucción de cartón-piedra para turistas.

Salvando todas las distancias (entre otras razones, porque no hay nazis ni guerras mundiales de por medio), los europeos de hoy corremos el riesgo de ser los austriacos de ayer. Quizá algunos historiadores revisen dentro de 50 o 100 años aquella UE y concluyan que no estaba tan mal y que, como los austrohúngaros de 1919, fuimos tan idiotas como para enrocarnos en nuestras naciones provincianas para demoler desde ellas algo que podría haber funcionado y que, indudablemente, había hecho de nuestro continente algo mejor y más vivible. Habrá una generación de viejos que añorará su juventud cosmopolita, esa forma tan alegre de moverse entre Dublín y Nápoles y entre Bergen y Cádiz, con vuelos low cost y becas Erasmus, haciendo amigos y novios con los que se comunicaban en un inglés empobrecido y plano pero eficaz, como los polacos, los checos y los rumanos se entendían entre sí en un alemán aprendido en las escuelas imperiales.

A la UE no la quiere nadie, pero me temo que la añorará mucha gente, y un Stefan Zweig del futuro le dedicará un libro tan hermoso como El mundo de ayer, así como un Robert Musil de finales del siglo XXI dejará un equivalente a El hombre sin atributos. Quizá nadie escriba La marcha Radeztky, pero sin duda habrá cajones con pasaportes caducados que los abuelos usarán para explicar a los nietos qué significa ese círculo de estrellas y ese topónimo tan extraño: Unión Europea.

Hoy todos somos austrohúngaros, pero aún estamos a tiempo de no serlo en el sentido más profundo del ser austrohúngaro, el de la ausencia. Nadie echó de menos al emperador en 1919, y pocos parecen dispuestos a añorar la bandera azul y los billetes de 10 euros, pero si la UE quiere sobrevivir, necesita algo más que el miedo conservador que la sostiene ahora. Ningún proyecto se sostiene por el terror a la incertidumbre de lo que vendrá sin él.

 

 

Perrolatría

Javier Marías

El País Semanal, 19. 06.2016

Lo de los “derechos” de los animales es un despropósito. Con frecuencia son sus propietarios quienes quieren para sí una especie de privilegio añadido.

CUANDO Obama ocupó la Casa Blanca hace casi ocho años, se encontró con un problema inesperado, mucho más grave que su raza o su poco definida religión: no tenía perro. Hubo de comprarse uno a toda prisa, porque en los Estados Unidos hace mucho que se llegó a la peregrina conclusión de que quien carece de perro es mala persona. España presume de ser un país muy antiamericano, pero copia con servilismo todas las imbecilidades que desde allí se exportan, y casi ninguna de las cosas buenas o inteligentes. En la beatería por los chuchos (y por extensión por todos los animales, dañinos o no), estamos alcanzando cotas demenciales, y, sobre todo, los dueños de canes quieren imponer sus mascotas a los demás, nos gusten o no. Leo que sólo en Madrid hay más de 270.000 censados, cifra altísima, pero que no deja de representar a una minoría de madrileños. Ésta, sin embargo, en consonancia con la lerda idea estadounidense de que los perrólatras gozan de superioridad moral y de un salvoconducto de “bondad” (Hitler se contaba entre ellos), abusa sin cesar y exige variados “derechos” para sus perros. Lo de los “derechos” de los animales es uno de los mayores despropósitos (triunfantes) de nuestra época. Ni los tienen ni se les ocurriría reclamarlos. Quienes se erigen en sus “depositarios” son humanos muy vivos, con frecuencia sus propietarios, que en realidad los quieren para sí, una especie de privilegio añadido. Los animales carecen de derechos por fuerza, lo cual no obsta para que nosotros tengamos deberes para con ellos, algo distinto. Uno de esos deberes es no maltratarlos gratuitamente, desde luego (pero si nos atacan o son nocivos también tenemos el derecho e incluso la obligación de defendernos de ellos).

Los dueños de perros claman ahora por que se deje entrar a éstos en casi todas partes: en bares, restaurantes, tiendas, galerías de arte, museos, librerías, y aun se les creen sus propios parques … Una apasionada declara: “No apoyo sitios en los que no me dejen entrar con mi familia” (sic). “Vaya con o sin mis perros”. (Supongo que regiría igual para quien decidiera adoptar jabalíes, serpientes o cachorros de tigre.) Ella y otros entusiastas celebran que ahora La Casa Encendida abra sus puertas a los perros, y no sé si también la Calcografía Nacional (donde se ha hecho una exposición de la Tauromaquia de Goya tan manipulada y falseada que se convirtió al pintor en un “animalista avant la lettre” (!). En lo que a mí respecta, ya sé qué sitios no voy a volver a pisar, por si las moscas. Nada tengo contra los perros, que a menudo son simpáticos y además no son responsables de sus dueños. Pero no me apetece estar en un restaurante rodeado de ellos. No todos están educados, no todos están limpios ni libres de enfermedades, no todos se abstienen de hacer sus necesidades donde les urjan, muchos ladran en cualquier momento por cualquier motivo.

Con frecuencia sus amos no se conforman con uno, sino que llevan tres o cuatro, cada uno con su larga correa que ocupa la calle entera e impide transitar a los peatones. Un perro es, además, un lujo. Su mantenimiento es carísimo y una esclavitud, desde la comida especial hasta las expulgaciones, las continuas visitas al veterinario, los lavados y peinados y “esquilados” a cargo de expertos, incluso el tratamiento “psiquiátrico” que necesitan muchos porque se “estresan”, se asustan al oír el timbre, se desquician en pisos de escasos metros y en ciudades no preparadas para su sobreabundancia. De las cacas que van sembrando no hablemos; por mucho que se obligue a sus amos a recogerlas en una operación de relativa asquerosidad, siempre los habrá que se negarán a la humillación. Nada tengo contra los perros, ya digo, pero hay mucha gente que sí, que les tiene miedo y no los soporta. Y se los intenta imponer a esa gente en todas partes, hasta mientras come.

Entre ella estaba Robert Louis Stevenson, que escribió en 1879: “Me vi muy alterado por los ladridos de un perro, animal que temo más que a cualquier lobo. Un perro es notablemente más bravo, y además está respaldado por el sentido del deber. Si uno mata a un lobo, recibe ánimos y parabienes; pero si mata a un perro, los sagrados derechos de la propiedad y el afecto elevan un clamor y piden reparación … El agudo y cruel ladrido de un perro es en sí mismo un intenso tormento … En este atractivo animal hay algo del clérigo o del jurista … Cuando viajo a pie, o duermo al raso, los detesto tanto como los temo”. Todo esto se olvida, en efecto: según su tamaño y su raza, el que va con perro porta un arma. Si está prohibido ir por ahí con una pistola o un cuchillo de ciertas dimensiones, no se entiende tanta permisividad con una bestia que obedecerá a su amo y que éste puede lanzar contra quien le plazca. Una vez un vecino misantrópico me insultó gravemente, sin motivo, en el portal. Mi reacción normal habría sido encararme con él. Pero el hombre sujetaba a un perro de aspecto fanático, que a su orden habría defendido a su dueño aunque éste no llevara razón. Como es natural, porque a los canes no les corresponde averiguar tales matices, sino someterse ciegamente a quien los alimenta y cuida. Si eso no es un peligro en potencia … En Madrid hay los perros que dije, así que no quiero imaginarme cuántos enemigos me he creado en España con estas líneas. Ninguno tendrá cuatro patas, eso es seguro.

Escuela

Fernando Savater

EL PAIS, 14 de mayo de 2016

Siempre oí repetir que la enseñanza debe ser “crítica”. Nada de memoria, nada de llenar la cabeza de datos (¡se encuentran en Internet!), nada de que el maestro hable desde la tarima y los demás callen tomando apuntes, nada de asignaturas sin relación con la vida cotidiana (¿como las matemáticas, la historia o la gramática?) y nada de dar por hecho que uno sabe y los demás no. ¡Crítica ante todo! ¡El aprendizaje debe ser crítico, si me apuran más crítico que aprendizaje! ¿Qué es lo que hay que aprender? Pues aprender a aprender, a ser críticos con lo que pretenden enseñarnos. Cuando el maestro anticuado profiere como irrefutable cualquier tópico viejuno, v. gr. “París es la capital de Francia”, el alumno debe propinarle un certero “¡Eso lo dirás tú!”. Seguro que le desconcierta…

Abracé dócilmente esta rebeldía, hasta darme cuenta de que los críticos más contundentes son quienes mejor han aprendido aquello de lo que se habla: por plácido que sea su talante, los que saben aritmética no aguantan a los que dicen que dos y dos son cinco. Y tienen sus razones. Son precisamente esas razones las que deben enseñarse en la escuela, porque con ellas vendrá por añadidura el espíritu crítico, que no es simple afán de contradicción. Dos libros recientes, La conjura de los ignorantes (ed. Pasos Perdidos), de Ricardo Moreno Castillo, y Contra la nueva educación (ed. Plataforma Actual), de Alberto Royo, defienden esta asombrosa doctrina, la de siempre, y con ella el esfuerzo estudioso, el orden en el aula y el magisterio de los profesores, que no deben ser meros colegas lúdicos ni animadores emocionales de la comuna escolar. Y lo hacen de modo muy divertido: quien mañana ocupe la cartera de Educación hará bien en leerles.

 

Todos nuestros dioses

Rosa Montero

EL PAIS SEMANAL, 10 de abril de 2016

Nunca fui muy religiosa, ni siquiera en la niñez, y me considero agnóstica desde hace muchísimos años. Y no digo atea, aunque me sienta muy cerca, porque tampoco tenemos pruebas irrefutables de la inexistencia de los dioses (de algún tipo de principio que alguien pueda llamar dios) y la vida es indudablemente un gran misterio. Eso sí, soy bastante anticlerical, aunque sé bien que hay muchos frailes y monjas, lamas e imames, sacerdotes y sacerdotisas que se dejan la piel y a veces la vida por los demás con generosidad admirable. Pero mi anticlericalismo, que es recio y en ocasiones rabioso, tiene que ver con el poder de las instituciones religiosas, con el abuso de ese poder y con las aberraciones a las que pueden llegar los clérigos de los diversos aparatos eclesiales, desde las hogueras de la Inquisición hasta las carnicerías del Isis.

Sin embargo, la historia de las religiones siempre me ha fascinado. Encuentro profundamente conmovedor que los humanos, en nuestro dolor, nuestra indefensión y nuestra infinita pequeñez, nos hayamos inventado todos esos cuentos fundacionales que son las religiones, esas figuras sobrenaturales a las que pedir ayuda y consuelo. Como niños abandonados en la oscuridad, hemos tenido que imaginar que en algún lugar había unos padres capaces de guiarnos, unos padres que conocían todas las respuestas del inmenso, demoledor enigma de la vida. Y esos cuentos que nos hemos ido contando dicen mucho de quiénes somos, de lo que tememos y de lo que queremos.

Por eso me apena la ignorancia absoluta de los mitos religiosos de nuestra cultura por parte de los jóvenes. El otro día vi Exodus, la interesante película de Ridley Scott sobre la vida de Moisés, con una amiga de 20 años muy inteligente y muy culta. Pues bien, a pesar de que es una chica extraordinaria para su edad, no tenía ni idea de la historia, apenas le sonaba vagamente que había un mar que se abría y ni siquiera sabía que Moisés era el de los Diez Mandamientos. Y así, en tan sólo un par de generaciones perderemos un cúmulo de referencias legendarias, arquetípicas y simbólicas que nuestros antepasados se han ido transmitiendo los unos a los otros durante milenios. Por no hablar de que infinidad de cuadros, poemas, obras dramáticas y narrativas de nuestra tradición resultarán incomprensibles. No sé, me parece que hay parte de la izquierda que se hace cierto lío con estos temas. Yo creo que el laicismo es un logro monumental de la civilización, del progreso y del pensamiento humano; pero el laicismo consiste en la independencia absoluta del Estado de toda influencia religiosa, no en olvidar nuestros mitos o en rechazar tradiciones sincréticas tan bellas como las procesiones de Semana Santa, por ejemplo.

Hay un chiste maravilloso que expresa a la perfección la emoción agridulce que despierta en mí la cuestión religiosa: un par de ratitas van por la calle y de pronto una de ellas mira hacia el cielo y ve pasar un murciélago. Arrobada, pone los ojos como platos y exclama: “Oh, Dios mío, ¡un ángel!”. En esa pobre rata nos veo a nosotros, con la tierna, inocente necesidad de inventarnos bellos milagros, pero también con la embrutecedora ignorancia de no saber que esa criatura celestial no es más que un mamífero placentario quiróptero. Pero, aun así, el suspiro extasiado de la ratita encierra algo hermoso. Las religiones organizadas han sido demasiadas veces en la historia el origen de las atrocidades más espantosas (y lo siguen siendo, como en el yihadismo); pero en el impulso religioso básico del ser humano hay también un anhelo de bondad, de fraternidad y de belleza. El otro día me encontré en el parque del Retiro a una mujer de unos setenta años que vendía gorros, pulseras y diademas de punto que ella misma tricotaba. Era extranjera, no sé de dónde, y obviamente muy pobre, tanto por su ropa, limpia pero raída, como por los malos y feos hilos con los que tejía. Su rostro era hermoso. Debía de haber sido muy bella y tenía una sonrisa que iluminaba el lugar. Le compré una pulserita por cuatro euros y le di las gracias por su arte. Y entonces sonrió y me dijo: “Que tus dioses te protejan”. Sí: en estos momentos de locura y de odio, ojalá nos protegieran a todos nuestros buenos dioses, nuestros ideales, nuestra voluntad de ser mejores. “Que tus dioses te protejan”, me deseó la preciosa anciana. Y ¿saben qué? Me sentí verdaderamente bendecida.